A voir prochainement

Concerts Cherubini

Le Chœur Saint-Germain dirigé par Laudine Belliard,

la Chorale du Moulin d’Ivry dirigĂ© par Thierry GĂ©ly,

la Villanelle, Chorale À Cœur Joie de Sceaux
et L’ensemble vocal Vox Sirenis, dirigĂ©s par Odile Chateau,

et l’orchestre les PlĂ©iades dirigĂ© par Philippe Lerat,

donneront trois concerts CHERUBINI avec :

 

la Marche Funèbre, œuvre orchestrale,

le Requiem en do mineur pour chœur et orchestre interprété par 200 musiciens.

 

  • 1- Vendredi 31 mai 2024 20h30 Ă  l’Ă©glise Notre Dame du Liban Ă  PARIS

 

  • 2- Dimanche 2 juin 2024 15h30 Ă  l’Ă©glise Saint-Stanislas des Blagis Ă  FONTENAY-AUX-ROSES 

 

  • 3- Vendredi 7 juin 2024 21h Ă  l’Ă©glise Saint-Germain Ă  SAINT-GERMAIN-EN-LAYE

Ce concert du 7 juin sera dédié à la mémoire de Gérard Pagès, notre ancien président et ami décédé le soir de notre générale, le 30 mai. Les membres du Bureau et les choristes sont très affectés par cette disparition. Que Gérard repose en paix.
 

Luigi Cherubini a composĂ© le  Requiem en ut mineur pour une messe commĂ©morative en l’honneur de Louis XVl. Elle fut cĂ©lĂ©brĂ©e la première fois le 21 janvier 1817, jour anniversaire de la mort du roi, en la Basilique de Saint-Denis. Le Requiem a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© pour le service funèbre du compositeur dans une nouvelle composition en rĂ© mineur, l’archevĂŞque de Paris ayant exprimĂ© des doutes sur l’utilisation des voix fĂ©minines.

L’Ĺ“uvre est composĂ©e pour chĹ“ur Ă  voix mixtes et orchestre complet ; Cherubini a renoncĂ© aux chanteurs solistes et, au lieu d’effets virtuoses, il s’est efforcĂ© d’atteindre une expression intĂ©riorisĂ©e, Ă©troitement basĂ©e sur le sens des mots. Se concentrant entièrement sur l’essentiel, il Ă©vite tout effet superficiel – et ce malgrĂ© le terrifiant coup de tam-tam du dĂ©but de la SĂ©quence, car celui-ci n’a lieu que pour intensifier l’expression.

 

 

 

Prévente :

* sur la billetterie en ligne helloasso 

* Ă  la barque de Pierre Ă  Saint-Germain-en-Laye 36, Rue des Louviers.

 

CHERUBINI, ce « révolutionnaire conservateur »

Avoir reçu les honneurs officiels pendant des décennies n’exclut pas un talent reconnu dans le petit monde parfois « vachard » des compositeurs. Membre fondateur du Conservatoire en 1795 puis son directeur pendant 20 ans jusqu’à sa mort en 1842, Luigi Cherubini reste aussi un remarquable musicien dont le Requiem en do mineur constitue toujours une référence absolue dans la musique religieuse.

Quelles furent les rĂ©elles convictions politiques des musiciens qui, comme bien d’autres artistes et pour peu que la santĂ© les prĂ©servât longtemps, dĂ©butèrent leur carrière sous l’Ancien RĂ©gime au service du roi ou d’un noble que la RĂ©volution guillotina prestement, composèrent des odes rĂ©volutionnaires sous la Convention et la Terreur, louèrent Bonaparte sous le Consulat puis NapolĂ©on sous l’Empire et cĂ©lĂ©brèrent Louis XVIII Ă  la Restauration ?

Un musicien « officiel » mais pas que…

EmportĂ©s dans ce tourbillon politique, François-Joseph Gossec (1734-1829), Ă©tienne Nicolas MĂ©hul (1763-1817), Jean-François Lesueur (1760-1837) ou Luigi Cherubini (1760-1842), membres fondateurs du Conservatoire de Paris, furent ainsi d’efficaces serviteurs d’un pouvoir du moment qui ne les accabla d’aucun reproche pour leurs convictions en “chewing-gum” et leurs multi-fidĂ©litĂ©s passĂ©es, et les honora au contraire largement, pourvu que leurs talents très reconnus fussent Ă  son service. Après tout, la musique n’a pas Ă  faire de politique mais peut très utilement la servir. Juste une question d’intĂ©rĂŞts partagĂ©s et d’opportunitĂ©s bien comprises. Ă€ ce titre et en dĂ©pit de quelques Ă©clipses passagères, sous la protection d’un Roi de France ou d’un Roi des Français, d’un Premier consul ou d’un Empereur, Cherubini fut bien un musicien “officiel”.

Musicalement, la question n’était pas plus simple et la fidélité tout aussi sujette à caution, soumise aux aléas des courants musicaux, des modes, des goûts et des styles. Songeons qu’entre les années 1750 et 1820, Bach emporta dans sa tombe le contrepoint et le style baroque, le classicisme naquit et mourut – porté aux sommets par Haydn et Mozart – et le romantisme les enterra tous en imposant durablement ses propres canons et ses turbulences débridées. Si la peinture rencontra les mêmes bouleversements mais plus tardivement au cours du XIXe siècle, de tous les beaux-arts, peut-être est-ce cependant la musique qui connut le plus de révolutions auxquelles, à défaut d’en constituer l’avant-garde, il fallut à chaque artiste tôt ou tard se soumettre.

Cherubini constitue l’exemple parfait du musicien placé par l’Histoire à la conjonction de ces deux failles tectoniques, musicale et politique. Fondamentalement, l’Italien, naturalisé Français en 1800, est un homme de l’ancien temps – n’enseigne-t-il pas au Conservatoire la fugue et le contrepoint ? – converti malgré lui au style nouveau. Mais ce conservatisme n’exclura nullement l’innovation orchestrale comme les incroyables coups de gong de la Marche funèbre et du Requiem, probablement l’une des premières utilisations en orchestre du tam-tam africain. Et dans le genre “pot-pourri”, on pourrait du Requiem lister à foison tous les emprunts aux contrepoint et techniques baroques, les formes issues de l’écriture classique et les concessions au romantisme qui devenait à la mode, l’ensemble de l’œuvre atteignant – beau tour de force d’un compositeur au sommet de son art – une remarquable unité.

L’exception Berlioz…

Car les honneurs officiels n’altérèrent pas un talent unanimement salué : de tous les compositeurs de son temps, et en particulier outre-Rhin, Cherubini fut un confrère admiré et respecté. Lors d’un voyage à Vienne en 1805, il rencontra Haydn dont il avait découvert à la Loge Olympique les Symphonies Parisiennes et reçut de sa part en cadeau le manuscrit de sa symphonie 103. Beethoven le considérait, à part lui ( ! ), comme le plus grand compositeur vivant ;  Schumann et Brahms n’eurent à son endroit que des mots admiratifs. De ces louanges, on retranchera Berlioz, de quarante-trois ans son cadet, et dont la rancune tenace rapporta, outre quelques flèches assassines, une course-poursuite dans la bibliothèque du Conservatoire, scène cocasse qui opposa le jeune et déjà caractériel étudiant à son indéboulonnable directeur. Mais ces tensions récurrentes n’exclurent pas le respect mutuel entre les deux hommes.

Né en 1760 à Florence d’un père claveciniste qui l’installa sans tarder devant un clavier, Cherubini quitta définitivement l’Italie à 24 ans après une solide formation musicale, fit un bref séjour à Londres et, comme tant d’autres compositeurs italiens (Lulli, Viotti, Boccherini, Donizetti, Rossini…), emménagera durablement à Paris à partir de 1787.

Membre de la Loge Olympique, société maçonnique de concerts dont l’orchestre était alors considéré comme l’un des meilleurs d’Europe, cocréateur avec Viotti du Théâtre de Monsieur (frère du roi et futur Louis XVIII), Cherubini affermit à Paris une carrière de compositeur lyrique déjà reconnue et produisit, essentiellement avant 1813, une trentaine d’opéras. Après cette date, ce sont des commandes de musique religieuse et la musique de chambre qui l’accaparèrent et, surtout ses imminentes activités pédagogiques au tout nouveau « Conservatoire de musique », notre actuel CNSMP, d’abord comme professeur de composition et inspecteur puis comme directeur durant vingt années. Créée par un décret de la Convention du 16 thermidor an III, l’institution ayant été légitimement suspectée de propager des idées révolutionnaires, Cherubini œuvrera à la mettre désormais à l’abri des soubresauts politiques, ouvrira de nombreuses classes d’instruments et sera à l’origine de la Société des Concerts du Conservatoire.

C’est surtout avec les habits de surintendant de la Chapelle royale – une exhumation de l’Ancien RĂ©gime – que Cherubini composa en 1816, Ă  la demande de Louis XVIII, un Requiem Ă  la mĂ©moire de Louis XVI. Du musicien, cette commande reçut une rĂ©ponse magistrale et concourut Ă  prĂ©senter Cherubini, qui avait lui-mĂŞme dirigĂ© en 1804 la première reprĂ©sentation parisienne du Requiem d’un certain Mozart – modèle peut-ĂŞtre indĂ©passable ? – comme l’un des plus Ă©minents compositeurs de musique religieuse. L’œuvre fut crĂ©Ă©e, sous sa baguette, en la basilique Saint-Denis le 21 janvier 1817 pour l’anniversaire de l’exĂ©cution de Louis XVI et Marie­-Antoinette… et aussitĂ´t admise dans l’Europe entière au PanthĂ©on des partitions religieuses : mĂŞme Berlioz (mais oui !) et Verdi reconnurent plus tard l’influence qu’elle exerça sur leur propre Requiem.

Bien évidemment, et depuis 1842, Cherubini ne pouvait résider ailleurs qu’au Père-Lachaise.

Philippe LERAT

Mars 2024